ÊTRE PAUVRE AU BURKINA FASO

 

UNE DEFINITION DIFFICILE

Souvent au niveau international on évalue le seuil de pauvreté absolue à 1 dollar par personne et par jour. Soit, en tenant compte de l'année de référence et en arrondissant, 500 Francs CFA. Mais dans les campagnes burkinabé, ce chiffre paraît absurdement élevé ! Une famille de 7 personnes - c'est la moyenne - disposant de 105 000 francs CFA par mois (160 euros) y serait considérée comme aisée !

L'autre approche de la pauvreté absolue consiste à estimer, pour chaque pays ou région, le revenu nécessaire à un individu pour satisfaire un besoin calorique donné, entre 2100 et 2 450 kcal par jour, c'est-à-dire tout simplement pour survivre. Cela équivaut à 75 euros par mois pour la même famille rurale du Burkina.

réfection des toits

Selon les résultats de l'Enquête burkinabé sur les conditions de vie des ménages, réalisée en 2003, environ 46,4% de la population vit donc en-dessous du seuil de pauvreté absolue. Encore cette moyenne cache-t-elle de grandes différences entre régions ainsi qu'entre campagnes et villes.

Et, avec plus de 56% de population au-dessous du seuil, le Sud-Ouest du Burkina Faso fait partie des régions les plus affectées. C'est même là que la pauvreté aurait le plus augmenté entre 1998 et 2003...

Un des "objectifs du Millénaire" est de réduire de moitié avant 2015 le nombre de personnes vivant dans l´indigence, c´est-à-dire, selon l'ONU, avec moins de 1 dollar par jour. Puisse-t-il être dépassé !

ALORS, À DIÉBOUGOU...

Eh oui, hélas, malgré les efforts des uns et des autres, malgré les progrès réalisés, on est encore loin de la simple satisfaction des besoins élémentaires pour tous...

D'ailleurs nous avons depuis peu le bilan d'une recherche extrêmement fine menée sur le territoire de Diébougou en mars-avril 2006, le département ayant eu le douteux "privilège" d'être choisi dans l'échantillonnage d'une enquête internationale sur la pauvreté.

L'équipe SSP/BF composée de 15 personnes a procédé au recensement exhaustif dans quatre villages (Bapla-Birifor, Danko-Tanzou, Naborgane, Navielgane) et le secteur 7 de Diébougou. Elle a administré les questionnaires à 1316 ménages ( soit 8757 personnes).

Les résultats sont éloquents. En voici des extraits.

DÉMOGRAPHIE
Population jeune (46,5% a moins de 16 ans).
Il en découle des besoins sérieux en matière d'investissement sociaux, dans la santé et l'éducation notamment ;
Taille moyenne des ménages : 7 personnes
8,9 personnes dans les villages;
6,8 au secteur 7 de Diébougou.
Proportion de dépendance assez élevée (53%);
o Migration en période sèche (octobre à avril):
o les hommes migrent plus que les femmes
o 0,39 hommes
o 0,32 femmes.
NUTRITION
Nombre moyen de repas par jour insuffisant en quantité et en qualité:
Hommes: 1,9 repas ;
femmes : 2,1 repas;
enfants : 2,3 repas
Conséquences: croissance et développement physique et mental des enfants entravés.
Insécurité alimentaire dans les villages:
seulement 9,3% des ménages possèdent des stocks de céréales pouvant atteindre la récolte prochaine.
SANTÉ ET HYGIÈNE
Offre de santé très faible dans les quatre villages et le secteur 7 de Diébougou.
Situation sanitaire très précaire;
Distances à parcourir pour accéder aux infrastructures longues.
20,5% de la population tombés malades au cours des 30 derniers jours;
Plus de 50 % de la population des villages fréquentent les infrastructures sanitaires;
23,6% ont recours aux guérisseurs traditionnels;
Taux de mortalité infanto-juvénile élevé, 96,9‰ pour l'ensemble des localités :
cela veut dire qu'un enfant sur dix est promis à la mort avant l'âge de dix ans !
Faible latrinisation 81% des ménages utilisent la nature, avec pour conséquences de favoriser le développement de maladies parasitaires.
63,9% de la population utilisent le savon de toilette pour se laver.
ÉDUCATION
Existence de 4 écoles et 2 centres d'alphabétisation dans les 5 localités;
82,7% de la population n'ont aucun niveau de scolarité ;
Taux brut de scolarisation au Primaire (TBPRIM): 62,8%
TBPRIM plus élevé chez les filles lorsque le chef de ménage est de sexe féminin.
24.8% de la population des 5 localités sont alphabétisés.
CONDITIONS DE VIE MATÉRIELLES
Conditions de vie matérielles précaires en milieu rural.
Habitat indécent :
maisons en grande majorité en banco;
plancher non cimenté ;
éclairage à la lampe à pétrole;
68,1% des chefs de ménages dorment à même le sol, sur une natte.
Eau potable non encore accessible à toute la population (53,2% y ont accès), ce qui expose à des maladies d'origine hydrique.
Faible POUVOIR D'ACHAT des ménages au vu des achats de pagnes ;
Les ménages possèdent du cheptel, mais ces animaux sont considérés comme du patrimoine que l'on n'utilise en fait qu'en cas de coups durs.
CONDITIONS DE CRÉATION DE REVENUS
Niveau de productivité faible; La daba est largement utilisée pour les travaux champêtres;
Engrais chimiques ou organiques non adoptés massivement comme fertilisants.
niveau de revenu faible;
Peu de ménages ont accès au crédit ;
Niveau de vie faible.
Les femmes participent pour 19,8% à l'obtention des revenus des ménages.
Elles sont beaucoup plus pourvoyeuses de revenus que les hommes dans les villages, sauf à Danko-Tanzou. C'est là une base objective pour leur autonomisation.
un beau grenier