COTON BURKINABÉ : OGM ou BIO ?

 

 

par Dominique BAEY

Lors d'un récent voyage dans le Sud Ouest du BURKINA FASO, j'ai eu l'occasion de faire le point sur cette culture et de prendre conscience sur le terrain de l'enjeu des alternatives au coton traditionnel expérimentées aujourd'hui : coton OGM ou coton BIO.

La culture «traditionnelle»

 

J'ai pu rencontrer d'abord un groupement de producteurs de coton traditionnel. Il s'agit du groupement " Sôg Taa " de la commune de Diébougou. Des producteurs très sérieux et qui affichent dans leurs statuts, en premier objet : " de promouvoir l'entraide entre les membres et de les permettre, par une action participative à promouvoir la culture du coton. " Les quelques résultats techniques suivants démontrent une bonne compétence.

Rendement moyen sur les 20 ha du groupement : 1,192 tonne / ha
Coût des intrants : semences, engrais, pesticides : 75 580 F CFA / ha (soit # 115 €)
Prix de vente (1 192 kg x 164 F CFA) : 195 488 F CFA / ha (soit # 298 €)
Soit une Marge Brute de : 119 908 F CFA / ha (soit : 183 €)

pour payer la main d'œuvre ( de la préparation du sol , à la récolte et au tri, etc.), le matériel, les bœufs, les emprunts, etc. et qui laisse au bout du compte un revenu correct.

 

Les tas de coton-graine aprè la récolte.

La culture «bio»

 

Ensuite j'ai rencontré un groupement de producteurs de coton Bio " Saw de Woulou " en français " accepter le conseil " - belle preuve d'humilité et d'intelligence. C'est la seconde année que ces cultivateurs se sont lancés dans ce mode de production, à Babora, un village de la région de Diébougou.
À ma question de connaître la raison qui les a poussés à tenter cette expérience, les deux cultivateurs que j'ai rencontrés m'ont répondu :

• Pour protéger les sols ; La matière organique retient l'eau et limite la prolifération des mauvaises herbes (striga)
• La main d'œuvre n'est pas plus contraignante. On amène le compost sur une charrette.
• On protège le champ avec du gombo (condiment) qui piège les insectes.
• On contrôle les larves de papillons parasites avec un insecticide naturel à base de graines de neem (arbre non comestible). On trempe la farine de neem 7 jours dans l'eau, puis on filtre et on traite au pulvérisateur. Le neem doit se trouver dans un champ contrôlé ! Est-ce qu'on fait mieux en France avec le purin d'ortie par exemple ?
• Et le coton Bio est plus blanc, que demander de mieux.

Les résultats économiques sont surprenants :

• Très peu d'intrants naturellement : 2 200 F CFA contre 75 580 en traditionnel
• Un prix de vente supérieur : 272 F CFA
• Pour un rendement moyen du groupement de 630 kg / Ha, pour un début, la marge brute est de 169 160 F CFA. Y a pas photo !

Les agriculteurs du groupement traditionnel seraient prêts à partir également en Bio, on les comprend. C'est maintenant au marché de se développer, et chez nous donc plus particulièrement.

Une seule ombre au tableau, mais de taille, le développement du coton OGM au Burkina. Les expérimentations ont déjà démarré à grande échelle, car à la différence du Mali, où les associations paysannes ont plus de pouvoir, le Burkina s'est lancé dans le coton OGM. Quels avantages, ne serait-ce qu'au niveau économique, auraient les paysans burkinabé à se lancer dans le coton OGM ? Pour l'instant le coton Bio a une certaine avance.
Comment les cultivateurs Bio du Burkina arriveront-ils à résister au rouleau compresseur OGM ?
Est-ce qu'on peut les aider, nous consomm'acteurs ?

 

Un champ de maïs envahi par la striga.

 

Un pied de gombo.

 

Feuillage, fleurs et fruits du neem.

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